La vision du Centre est de permettre à chacun de développer l'union de la compassion et de la sagesse par l'entraînement à l'esprit d'éveil ou bodhicitta pour le bien de tous les êtres sensibles en suivant la lignée du Dalaï-Lama dont un extrait de sa pensée est retranscrite ci-dessous :

 La véritable compassion n’est pas simplement une réponse émotionnelle, c’est un engagement ferme, fondé sur la raison. En conséquence, une attitude authentiquement compatissante envers les autres ne change pas même si les autres se comportent de façon négative.

Bien sûr, développer cette sorte de compassion n’est pas du tout facile ! Pour commencer, examinons les faits suivants :

Qu’ils soient beaux et gentils, ou laids et inamicaux, les autres sont finalement des êtres humains comme nous. Comme nous, ils aspirent au bonheur et ne veulent pas souffrir. Plus encore, leur droit à maîtriser la souffrance et à être heureux est égal au nôtre. Lorsque vous admettez que tous les êtres sont égaux tant dans leur désir de bonheur que dans le droit de l’obtenir, automatiquement, vous ressentez cette empathie et vous vous sentez plus proche d’eux. En accoutumant votre esprit à ce sens de l’altruisme universel, vous cultivez un sentiment de responsabilité envers les autres : le désir de les aider activement à surmonter les problèmes. Ce souhait-là n’est pas sélectif, il s’applique à égalité à tous. Aussi longtemps qu’il y aura des êtres humains faisant la même expérience que vous du plaisir et de la douleur, il ne saurait y avoir de base logique établissant des différences entre eux ni modifiant votre sollicitude à leur égard, quand bien même leur attitude est négative.

Laissez-moi souligner que vous en avez le pouvoir : avec de la patience et du temps, vous pouvez développer cette sorte-là de compassion. Bien entendu, notre égoïsme et notre attachement distinctif au sentiment d’un « moi » indépendant, existant de par lui-même, s’activent fondamentalement à inhiber notre compassion. En fait, la véritable compassion ne devient expérience qu’au moment où cette façon d’appréhender le soi est éliminée. Mais cela ne veut pas dire que nous ne puissions pas commencer et progresser dès maintenant.

Comment commencer ?

Nous devrions commencer par écarter les plus grandes entraves à la compassion que sont la colère et la haine. Comme nous le savons tous, ce sont là des émotions extrêmement puissantes qui peuvent entièrement submerger notre esprit. Il n’empêche qu’elles peuvent être contrôlées. Si pourtant elles ne le sont pas, ces émotions négatives nous harcèleront sans le moindre effort de leur part, tout en freinant notre recherche de la sérénité d’un esprit aimant.

Or donc, pour commencer, il est utile de se demander si oui ou non, la colère a une valeur quelconque. Parfois, alors que nous sommes découragés face à une situation difficile, la colère peut sembler utile en paraissant apporter davantage d’énergie, de confiance et de détermination.

Et là, il faut soigneusement examiner notre état d’esprit. S’il est vrai que la colère est porteuse d’une certaine énergie, à l’examen de la nature de celle-ci, nous découvrirons qu’elle est aveugle : nous ne pouvons être sûrs de son résultat, positif ou négatif. Cela parce que la colère éclipse la meilleure part de notre cerveau, sa rationalité. Par conséquent, l’énergie de la colère est, la plupart du temps, sujette à caution. Elle peut induire une conduite immensément destructrice et malheureuse. De surcroît, si la colère est poussée à l’extrême, on peut en devenir comme fou et agir de manière préjudiciable autant pour soi que pour les autres.

Il est cependant possible de développer une énergie tout aussi forte, mais beaucoup mieux contrôlée, avec laquelle affronter les situations difficiles.

Cette énergie contrôlée vient non seulement d’une attitude compatissante, mais également de la raison et de la patience. Ce sont là des antidotes les plus puissants de la colère. Malheureusement, nombre de gens méjugent ces qualités qu’ils considèrent comme des signes de faiblesse. Je tiens le contraire pour vrai : ils sont les signes véritables de la force intérieure. De par sa nature, la compassion est aimable, paisible et douce, mais elle aussi très puissante. Ce sont ceux qui perdent aisément patience qui sont incertains et instables. C’est pourquoi, à mes yeux, une flambée de colère est un signe direct de cette faiblesse.

Ainsi, quand un problème se pose, essayez de rester humble et de garder une attitude sincère, prenez soin que la solution en soit juste. Sans doute d’autres peuvent-ils tenter d’en tirer avantage. Si votre attitude détachée ne fait qu’encourager une agression injuste, adoptez une position ferme. Faites-le néanmoins avec compassion, et s’il s’avère nécessaire d’exprimer votre point de vue et de prendre de sévères contre-mesures, faites-le sans colère ni mauvais dessein.

Vous devez réaliser que même si vos adversaires semblent vous nuire, en dernier ressort, leur activité destructrice se retournera contre eux. Afin de brider votre propre impulsion égoïste à des représailles, vous devez vous rappeler votre souhait de pratiquer la compassion et d’assumer la responsabilité d’aider autrui à prévenir la souffrance causée par ses propres actes.

Ainsi, parce que calmement choisies, les mesures que vous employez seront plus efficaces, plus adéquates et plus puissantes. Des représailles étayées par l’énergie aveugle de la colère atteignent rarement leur but.

Amis et ennemis :

Je tiens à souligner une fois encore que simplement se dire que la compassion, la raison et la patience sont bonnes ne suffira pas à les développer. Nous devons saisir l’occasion des premières difficultés pour tenter de les pratiquer.

Qui donc crée de telles occasions ?

Pas nos amis, bien entendu, mais nos « ennemis ». Ce sont ceux qui nous posent le plus de problèmes. Si bien que si nous voulons vraiment apprendre, nous devons considérer les ennemis comme les meilleurs maîtres !

Pour qui estime hautement la compassion et l’amour, la pratique de la tolérance est essentielle, et pour cela, un ennemi est indispensable. Nous devons donc être reconnaissants à nos ennemis, car ce sont eux qui nous aident le mieux à développer un esprit serein ! La colère et la haine sont nos vrais ennemis. Ce sont ces forces-là que nous devons le plus affronter et défaire, pas les « ennemis » passagers qui font par intermittence leur apparition dans la vie.

Bien sûr, il est naturel et juste de tous vouloir avoir des amis : il m’arrive souvent de plaisanter en disant que si l’on veut vraiment être égoïste, il faut être altruiste ! Vous devez beaucoup vous soucier des autres, être concerné par leur bien-être, les aider, les servir, vous faire encore plus d’amis et faire fleurir davantage de sourires. Le résultat ? Quand vous-même aurez besoin d’aide, vous en trouverez en veux-tu en voilà ! Par ailleurs, si vous négligez le bonheur des autres, à long terme, vous serez perdant. Est-ce que l’amitié naît de querelles et de colère, de jalousie et de compétition effrénée ? Je ne le crois pas. Seule l’affection nous apporte de vrais amis proches.

Dans la société matérialiste d’aujourd’hui, si vous avez de l’argent et du pouvoir, vous semblez avoir beaucoup d’amis. Mais ce ne sont pas vos amis, ce sont les amis de votre argent et du pouvoir. Si vous perdez richesse et influence, vous aurez bien du mal à retrouver ces gens-là.

L’ennui, c’est que tant que les choses vont bien pour nous, nous sommes sûrs que nous pouvons nous en tirer tout seul, et nous avons l’impression de ne pas avoir besoin d’amis. Cependant, à mesure que notre situation et notre santé déclinent, nous ne tardons guère à réaliser combien nous avions tort. C’est là que nous voyons qui nous aide réellement et qui est complètement inutile. C’est dire que pour se préparer à ce moment-là, pour se faire de vrais amis qui nous aideront quand le besoin s’en fera sentir, nous devons nous-mêmes cultiver l’altruisme.

Même si parfois d’aucuns brocardent quand je dis cela, en ce qui me concerne, je veux toujours davantage d’amis. J’aime les sourires. Et mon problème, c’est de savoir comment me faire plus d’amis, de voir davantage de sourires – surtout de vrais sourires, car il y a plusieurs sortes de sourires – sarcastiques, artificiels ou diplomatiques, par exemple. Certains sourires n’éveillent aucune satisfaction, et parfois, il en est même qui engendrent la suspicion ou la peur, n’est-ce pas ?

Toujours est-il qu’un sourire authentique nous donne un vrai sentiment de fraîcheur, et je crois qu’il n’appartient qu’à l’être humain. Et si nous voulons ces sourires-là, nous devons nous-mêmes créer les raisons qui les font apparaître.

La compassion et le monde :

Pour conclure, j’aimerais aller un peu au-delà du sujet de ce bref exposé et souligner un point capital : le bonheur de chacun peut contribuer de manière à la fois profonde et efficace à une amélioration générale de la communauté humaine toute entière.

Du fait que nous partageons tous un identique besoin d’amour, il est possible d’éprouver le sentiment que quiconque nous rencontrons, quelles que soient les circonstances, nous est un frère ou une sœur. Aussi nouveau que soit le visage ou aussi dissemblables que soient l’habit ou la conduite, il n’y a pas de clivage significatif entre nous et les autres. C’est folie que de s’arrêter aux différences extérieures, car nos natures fondamentales sont les mêmes.

En ultime instance, l’humanité est une, et cette petite planète est notre seul foyer. Si nous voulons le protéger, chacun de nous a besoin de l’expérience vécue de l’altruisme universel. Seul ce sentiment peut écarter les motifs égoïstes qui poussent les gens à se tromper et à abuser les uns des autres. Le cœur sincère et ouvert, vous vous sentez naturellement confiant et sûr de vous, sans avoir à craindre les autres.

Je crois qu’à tous les niveaux de la société-familial, tribal, national et international, la clef d’un monde plus heureux et plus réussi réside dans une compassion croissante. Nul besoin de devenir religieux, pas plus que nous n’avons besoin de croire en une idéologie. Tout ce qui est nécessaire à chacun de nous, c’est DE développer nos meilleures qualités humaines.

J’essaie de traiter quiconque je rencontre comme un vieil ami. Cela me donne une sensation de vrai bonheur. Telle est la pratique de la compassion.

Homme de paix et de sérénité, le Dalaï-Lama du Tibet éveille le respect partout dans le monde. Guide spirituel et temporel de son peuple, il a inlassablement prôné la non-violence jusque devant l’agression caractérisée. Sa conviction inébranlable lui a valu le Prix Nobel de la Paix en 1989. Au fil des années, sa silhouette et son sourire sont devenus de plus en plus familiers à un nombre croissant de personnes qu’il a su toucher par son langage simple et profond, empreint d’une rare générosité. Dans ce bref texte, il explique avec clarté pourquoi la compassion est si inséparable de la nature humaine et comment elle mène au sens de la responsabilité universelle qui se trouve au cœur de son message.

Sa Sainteté le Dalaï Lama

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